Densification et embourgeoisement Rive droite à Caen

Les quartiers de la rive droite de l’Orne ont historiquement été considérés comme des lieux pour classes populaires, socialement moins valorisants que ceux de la rive gauche. Deux obstacles séparent le centre-ville reconstruit de la rive droite : l’Orne, que l’on peut franchir grâce à quatre ponts, et seulement deux passages sous la voie ferroviaire surélevée. Cet agencement des lieux forme un véritable goulot d’étranglement pour les déplacements nord/sud et crée de fait une frontière géographique.

Mais il s’agit également d’une frontière sociale visible dans le paysage urbain. Le contraste est saisissant dès la ligne ferroviaire franchie. On repère des hôtels pratiquant l’hébergement d’urgence (accueil de sans-abris, de demandeurs d’asile, de femmes seules), d’anciens squats, des boutiques spécialisées dans les produits du Maghreb ou d’Europe de l’Est, des coiffeurs afro, des services internationaux de transfert d’argent, etc. Des migrants se réunissent régulièrement sur les parkings alentour. Les nuisances sonores de la ligne de train n’en font pas un lieu particulièrement attractif. D’anciens entrepôts cependant très proches —  rue des tonneliers ont été récemment transformés en résidence pour étudiants ou à vocation sociale (association Revivre).

La photo ci-dessus a été prise au 26 rue de Falaise. L’immeuble de droite est typique de la période de reconstruction dans les années 1950. L’immeuble de gauche, qui date de 2019, a remplacé un immeuble datant des années 1960. A l’arrière-plan, l’église Saint-Michel de Vaucelles. La destruction puis reconstruction de ce bâtiment témoigne de l’engouement pour des logements neufs et plus confortables (isolation thermique et phonique), à la localisation avantageuse (proche du centre et très accessible), avec un jardin au calme (espaces verts) et à proximité d’un monument du patrimoine (une église dont la partie la plus ancienne date du 12è siècle). Le véhicule stationné devant cet immeuble est un signe du changement social en cours.

La Rive droite connaît un changement sociologique important commencé il y a plus de vingt ans, avec l’arrivée de classes moyennes, parfois aisées, remplaçant des classes populaires. La raison en est simple : la proximité du centre-ville, un coût de l’immobilier moindre que pour la rive gauche, une population vieillissante et des maisons à l’architecture de la fin du 19è siècle ou du début du 20è siècle. La densification est un phénomène plus récent qui correspond à un besoin de logements sur fond d’opération immobilière lucrative pour les investisseurs. Divers indicateurs statistiques confirment ces observations.

Voir : https://atlas-social-de-caen.fr

Jean-Marc Fournier